Contempler une œuvre d’art est un acte révolutionnaire

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Voici une réflexion sur la nécessité de l’art et de la contemplation, inspirée par une conférence du Dr Serge Marquis.

Vous avez déjà vu ces vidéos en accéléré (time lapse), qui nous présentent une personne immobile immergée dans un flux effréné de circulation humaine ou automobile ? Je vis parfois une expérience similaire.

Il me suffit d’aller visiter une exposition dans un musée ou d’aller dans un vernissage pour me retrouver presque à chaque fois dans un étourdissant time lapse. Comment est-ce possible ? C’est très simple, je suis parmi les quelques rares visiteurs qui prennent vraiment le temps de s’arrêter pour contempler une œuvre d’art.

La grande majorité des autres personnes circule, papillonne d’une œuvre à l’autre, s’y attarde à peine quelques secondes. Elles passent, comme des vagues humaines et bourdonnantes, tournant autour de l’axe de silence qui unit mon attention à l’œuvre d’art.

Lors de sa conférence à l’Université de Montréal dans le cadre des Belles soirées, diffusée au Canal Savoir, le docteur en médecine Serge Marquis affirmait qu’il est urgent de s’arrêter pour prévenir les problèmes de santé, même si, dans notre Occident obsédé par la performance et la vitesse, s’arrêter constitue un acte révolutionnaire. J’oserais ajouter que prendre le temps de s’arrêter pour contempler une œuvre d’art est sans doute l’acte le plus révolutionnaire qui soit, et qu’il pourrait lui aussi s’avérer essentiel à notre santé.

L’œuvre d’art, et plus particulièrement un tableau, un dessin ou une estampe, est déjà physiquement immobile et silencieuse par sa nature. Il s’agit selon moi de l’invention la plus propice à l’arrêt du temps, en dehors de la méditation ou de la prière. En effet, au cinéma, au théâtre, à la télévision, au match sportif ou au concert, il y a toujours du mouvement là où notre regard se pose ; même à la lecture d’un livre il y a du mouvement, puisqu’il nous faut tourner les pages pour avancer dans l’œuvre. Contempler la nature n’offre pas un réel arrêt du temps non plus, puisque cela implique également du mouvement, que ce soit les branches d’un arbre qui bougent dans le vent, le frémissement de l’eau sur la surface d’un lac, le vol des insectes, le déplacement lent des nuages dans le ciel. Même dans l’architecture il y a du mouvement, avec les portes et les fenêtres qui s’ouvrent, les escaliers roulants, les ascenseurs.

L’objet le plus éloquent que nous ayons créé pour la contemplation

Les traits, les couleurs, les formes, la matière d’un tableau, d’un dessin ou d’une estampe sont pour leur part fixés à jamais dans une immobilité physique absolue *, s’ajoutant à la fixité du support accroché au mur. Ils sont un défi lancé au rythme débridé de notre quotidien, une salutaire aberration dans le mouvement incessant du monde, l’objet le plus éloquent que nous ayons créé pour un acte qui semble aujourd’hui devenu presque impossible, voire suspect et subversif : la contemplation.

Toujours dans sa conférence lors des Belles soirées, le Dr Marquis nous rappelle que pour trouver du sens et du plaisir dans la vie de tous les jours afin de diminuer le stress, nous devons entre autres placer notre attention sur ce qui est important et sur le moment présent. En effet, dans le moment présent, il n’y a pratiquement jamais de stress. Alors circuler dans une exposition en balayant les œuvres du regard tout en se demandant si on a mis assez d’argent dans le parcomètre ou en se demandant ce que l’on va préparer pour le souper n’est pas vraiment «être dans le moment présent» et n’apportera aucun bénéfice à notre santé pour diminuer notre stress.

Voici les différents sens que l’on accorde au verbe «s’arrêter» : séjourner plus ou moins longtemps quelque part ; ne pas aller au-delà d’un certain point ; porter son attention sur quelque chose, s’y attarder ; fixer son choix sur quelque chose et s’y tenir. C’est le contraire de zapper le spectacle qui s’offre à nous en y déambulant sans vraiment y être.

Si le créateur porte, comme il se doit, toute son attention à la création de son œuvre, pourquoi de notre côté nous passons devant pour la voir sans prendre le temps de vraiment la regarder ? Peut-être parce que les musées ou les galeries élaborent dans l’espace des «parcours» de «circulation» dans les expositions afin de diriger la foule de visiteurs ; peut-être parce que, dans les expositions, les bancs pour s’arrêter devant une œuvre sont rares, souvent inexistants, afin de ne pas entraver cette circulation. Aussi parce que nous sommes constamment sollicités par une multitude de stimulations de nos sens : dans une exposition, l’abondance d’œuvres d’art côte à côte constitue un sérieux défi à la contemplation. Comme le dit Serge Marquis, on ne peut pas tout faire, tout voir, tout savoir, tout le temps, même si c’est l’illusion dans laquelle nous berce notre société de consommation et qui entraîne tant de stress et de détresse psychologique. Il faut pouvoir faire des choix et, idéalement, des choix en fonction de nos valeurs.

Nous ne pourrons donc jamais voir toutes les œuvres d’art qui sont produites dans le monde dans le courant de notre vie. C’est impossible, les limites du temps qui nous est imparti et les limites de notre «humanitude» (comme se plaît à le dire le Dr Marquis) ne le permettent tout simplement pas et elles doivent être respectées afin d’éviter le stress. Alors pourquoi «traverser» une exposition en «cochant» mentalement toutes les œuvres d’art l’une après l’autre pour essayer de nous convaincre que nous avons «vu» l’exposition ? Cela peut satisfaire les besoins de notre égo mais en aucun cas nous mettre réellement en contact avec l’art ou réduire notre stress. Si nous n’avons vraiment qu’une heure pour visiter une exposition, pourquoi ne pas plutôt choisir seulement une ou deux œuvres qui nous plaisent, sur lesquelles nous passerons un minimum de 20 à 30 minutes chacune à l’examiner très attentivement ? Est-ce parce que nous avons l’impression qu’un tel arrêt dans notre univers de mouvements est une complète perte de temps ?

Pour nous guider afin d’agir en fonction de nos valeurs et éviter le stress, le Dr Marquis se réfère dans sa conférence à l’outil audacieux de Stephen R. Covey qui identifie les quatre pistes de priorités sur lesquelles porter notre attention afin que la vie vaille la peine d’être vécue : vivre /aimer / transmettre / apprendre. Rester dans ces quatre pistes nous assure de ne jamais perdre notre temps.

«Vivre concerne les activités liées à la survie, comme manger, boire, dormir, etc. La notion d’aimer vise les gens autour de soi, le travail et la capacité de reconnaître nos bons coups dans la journée. Apprendre une langue étrangère, se perfectionner sur le plan professionnel ou lire sont des activités d’apprentissage. Enfin, transmettre incarne la manière de se sentir utile dans la société, soit par l’enseignement ou l’implication communautaire, par exemple.» Passeport Santé

On ne perd pas notre temps en s’arrêtant devant une œuvre d’art

Où se situe l’art dans cette grille ? Dans la piste «apprendre» pour le spectateur d’une œuvre d’art ; dans la piste «transmettre» pour l’artiste créateur d’une œuvre d’art. Alors, en principe, on ne perd pas notre temps en s’arrêtant suffisamment longtemps devant une œuvre d’art. «Apprendre» nécessite un certain investissement de nous-même (en plus de certains outils, j’en parlerai dans des articles subséquents) et si nous allons dans une exposition sans prendre la peine de réellement contempler les œuvres, eh bien, nous n’apprendrons rien, nous aurons perdu notre temps et nous aurons perdu les formidables bénéfices anti-stress de l’objet le plus propice à fixer notre attention en dehors de la folle agitation qui nous entoure : l’œuvre d’art.

La prochaine fois que nous nous retrouverons dans une salle d’exposition, prendrez-vous avec moi le temps de contempler longuement une œuvre d’art, de porter toute votre attention sur elle, d’arrêter le time lapse et vous offrir le bénéfice de diminuer votre stress ? C’est une invitation.

D’autre part, je vous recommande chaleureusement la lecture des savoureux livres du Dr Serge Marquis :

  • Pensouillard le hamster, un best-seller de croissance personnel où, dans un style vivant et plein d’esprit, le Dr Serge Marquis vous invite à observer les mouvements de votre ego, puis à ralentir pour trouver la paix.
  • Son plus récent livre Ego Man, un roman plein de poésie et de profondeur, un récit touchant, bouleversant et profondément humain.

Bonne lecture !


* Le «mouvement» qu’un artiste peut créer dans son œuvre avec sa composition ou son dessin se réfère au mouvement de l’œil du regardeur qui en parcours la surface.

Auteur : Louise Sanfaçon

J'aime l'art, je fais de l'art, l'art c'est ma vie. / I love art, I make art, art is my life.

5 réflexions sur « Contempler une œuvre d’art est un acte révolutionnaire »

  1. J’ai déjà fait cette expérience et vous remercie de me la remettre en mémoire avec votre invitation.
    C’est un plaisir de lire votre texte.

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  2. Excellente réflexion ma chère Louise! Je te rejoins sur plusieurs points et sur d’autres j’aurais matière à discussions… J’ai bien hâte de voir une expo avec toi…

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  3. Message du Dr Serge Marquis, transmis via Facebook : «Merci pour votre magnifique réflexion. Vous nous amenez en profondeur et nous permettez de prendre un recul qui va bien au-delà de mes propos. Je vous salue chaleureusement.»

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