Un «Centre d’histoire de l’art» pour tous

Combiner les livres, la formation continue et l’accès directe aux œuvres d’art pour sensibiliser le grand public. Inspiré par le projet Art Division.

Un article paru en décembre dernier sur le site Web d’Artsy ne cesse de me trotter dans la tête. L’auteur du billet, Isaac Kaplan, nous présente le projet Art Division, un organisme à but non lucratif créé en 2010 à Los Angeles aux États-Unis, à l’initiative de l’artiste Dan McCleary. Ouvert au public adulte, Art Division met gratuitement à la disposition de sa clientèle une merveilleuse collection de plus de 8 000 livres d’art, de même que des cours d’art ou d’histoire de l’art et des visites commentées dans les musées ou les galeries.

Si les enfants bénéficient habituellement de visites de groupe dans des musées lors de sorties scolaires, avec des activités spécialement conçues pour eux par un service éducatif hautement qualifié, le grand public «adulte» est pour sa part habituellement abandonné à lui-même dans sa relation avec les œuvres d’art. Art Division corrige en partie cette lacune, avec une approche qui se veut ouverte, vivante, accessible et de qualité, grâce entre autres aux nombreux dons de très beaux livres par des collectionneurs éclairés et généreux et à la participation d’artistes professionnels.

L’implantation d’Art Division a eu un impact positif auprès de sa communauté. Une exposition des œuvres de 16 de ses «étudiants» est d’ailleurs prévue en mars prochain. D’autre part, il ne se passe pas une semaine sans qu’un donateur se manifeste pour offrir des livres afin d’enrichir la collection. Tous ces livres sont au cœur des actions d’Art Division et ils servent tout autant à la consultation individuelle qu’aux cours offerts par les artistes ou les historiens de l’art. Finies, donc, les longues séances de projections de diapositives qui ennuient les spectateurs, comme le voulait la tradition des cours en histoire de l’art (à l’Université, j’ai moi-même vécu des journées entières dans une salle obscure avec ce type de projection ; cependant, étant passionnée par mon domaine, je ne m’y suis jamais ennuyée ni endormie ;-). Chez Art Division, on consulte plutôt les livres, on s’initie à la création et on visite des expositions.

Cette stratégie efficace qui combine les livres, la formation continue et l’accès directe aux œuvres d’art pour sensibiliser le public adulte me fait rêver d’un centre similaire dans ma ville, dans toutes les villes ! Il faut dire qu’en matière de livres d’art, comme en toute chose, il y a du bon et du mauvais ; les bons livres sont souvent édités à petits tirages (en grand format) et vendus à des prix prohibitifs pour monsieur et madame Tout-le-monde, ou même pour les bibliothèques publiques. Les rendre accessibles via un centre spécialisé tel qu’Art Division permet à tous d’avoir accès à ces objets merveilleux. Ces livres de qualité supérieure comportent entre autres des reproductions d’œuvres respectant le plus fidèlement possible l’original, de même que des photographies de grande qualité (pour l’architecture, la sculpture, les métiers d’art, l’installation…), à l’inverse de certains livres d’art «de masse» dont les reproductions sont si douteuses (tant dans le rendu des couleurs que celui des détails) qu’elles risquent de décourager le lecteur d’aller plus loin dans son exploration. D’autre part, les «beaux livres» font habituellement appel à des experts qualifiés pour la rédaction des textes, dont les concepts pointus sont parfois vulgarisés de façon sensible et efficace, pour plaire tant aux lecteurs néophytes qu’aux amateurs aguerris.

Bien sûr, plusieurs bibliothèques publiques dans les grandes villes possèdent de bonnes collections de livres d’art, avec certains livres plus «précieux» disponibles pour consultation sur place. Certains centres d’artistes autogérés mettent pour leur part des centres de documentation en arts actuels à la disposition de leurs membres. Les institutions d’enseignement possèdent elles aussi de bonnes bibliothèques spécialisées, mais à l’usage exclusif de leurs étudiants et de leurs diplômés la plupart du temps. Enfin, quelques rares musées ouvrent les portes de leurs centres de documentation au public, bien que la majorité en limitent l’accès aux spécialistes du monde de l’art. Pour le grand public, s’orienter vers un livre d’art en particulier dans une bibliothèque, quand on ne connait pas beaucoup le domaine, doit ressembler à une quête frustrante dans un labyrinthe. Entrer dans un centre de documentation spécialisé demeure par ailleurs particulièrement intimidant. Chez Art Division, des conseillers spécialistes dans le domaine de l’art peuvent orienter les visiteurs vers des ouvrages pertinents et de meilleure qualité, qui correspondront parfaitement à leurs intérêts, leurs besoins ou leurs attentes. De plus, la collection dispose de «classiques» dans différents domaines de l’art (peinture, sculpture, architecture, etc.) mais aussi des ouvrages ou catalogues d’art actuel souvent introuvables en dehors des centres de documentation spécialisés. Offrir ainsi une vue d’ensemble de l’art aux visiteurs d’Art Division, sans se cantonner dans un type d’art, d’époque ou de livres particulier, ouvre des horizons spectaculaires pour comprendre la création et l’œuvre d’art.

D’autre part, l’accès à des historiens d’art et des artistes  ̶  en plus des livres  ̶  met les visiteurs en contact avec des professionnels qui ne demandent pas mieux que de transmettre leur passion. Leur enthousiasme est contagieux et ouvre la voie vers une assimilation plus personnalisée et digeste du monde de l’art. Enfin, mettre la main à la pâte et s’initier à la création dans une technique spécifique apporte une expérience inestimable pour comprendre l’art de l’intérieur. L’organisme Art Division offre donc une immersion totale pour le public adulte qu’aucun autre type d’institution ne peut offrir.

Alors, oui, ce projet me turlupine les méninges depuis décembre dernier. Ayant travaillé dans le milieu des arts visuels depuis ma sortie du cégep, je connais des historiens d’art, des bibliophiles et des artistes qui possèdent des collections extraordinaires de livres d’art, remplies de précieuses raretés. À l’approche de la retraite (ou à la retraite), qu’adviendra-t-il de leurs fabuleuses collections ? Trouveront-elles le chemin des centres de documentation des musées, qui en assumeront la conservation mais, malheureusement, au prix de l’accessibilité ? Seront-elles vendues au plus offrant sur e-bay pour être disséminées à travers le monde ? Et si nous rendions accessible cette riche documentation au plus grand nombre dans notre région, grâce à un tout nouveau «Centre d’histoire de l’art pour tous» inspiré par le projet Art Division, afin de répandre avec force l’amour / le respect / la fascination de l’art ?

Auteur : Louise Sanfaçon

Je suis une insatiable gourmande visuelle. Passionnée par les arts visuels depuis l’enfance, je possède également un grand appétit pour les métiers d’art, le cinéma, la littérature, la décoration, de même que pour tout ce qui goûte bon et qui sent bon… louisesanfacon.com

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