Art et bien-être

John D. « Forest Stream,” CC BY-NC-ND 2.0 Flickr

Il y a des œuvres d’art qui nous aident à vivre et à espérer, en nous offrant une vision contemplative enrichie, rehaussée, jubilatoire ou transcendée de la réalité perçue par nos sens. D’autres œuvres d’art, non moins nécessaires, rendent visibles les aspects de notre humanité (parfois jusqu’à nos bas-fonds) qui nécessitent une sérieuse prise de conscience ; elles vont volontairement déconcerter, provoquer, déstabiliser, remettre en question nos repères et nos certitudes, tant au sujet de ce que nous sommes que de l’art lui-même.

«À quoi vise l’art, sinon à nous montrer, dans la nature et dans l’esprit, hors de nous et en nous, des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notre conscience ?» (Henri Bergson)

Si toutes ces œuvres participent à la richesse de la création artistique et de notre expérience humaine, si elles savent «multiplier les accès à la réalité» (Françoise Barbe-Gall), certaines oeuvres d’art de la première catégorie ont souvent été jugées suspectes, voire illégitimes, à l’avènement de l’Art Moderne au XIXe siècle, avec la notion prépondérante de « rupture » au coeur de celui-ci. Elles furent ensuite considérablement dénigrées au regard de la notion du « concept », dominant l’Art Contemporain au XXe siècle. On dénonçait plus particulièrement les recherches du beau ou du sublime, ou encore la technicalité matérielle de nombre de ces oeuvres et, par conséquent, des effets soporifiques qu’elles pouvaient causer sur nos consciences et l’évolution de l’art.

Pour ma part, j’ai toujours gardé un esprit ouvert et inclusif lors de mes études en histoire de l’art, puis dans ma carrière dans le milieu culturel. Privilégiant une approche ontologique, je considère que chaque œuvre d’art propose (à différents degrés) une expérience qui peut nous aider à mieux nous connaître, que ce soit en tant qu’individu ou en tant qu’espèce humaine.  Il va sans dire que certaines de ces expériences nous confronteront plus que d’autres, selon le sujet, l’audace ou l’innovation de l’œuvre par rapport à ce qui l’a précédé.

À cet égard, même si une génération a déclaré haut et fort la «mort de la peinture» et la «mort de la figuration» il y a quelques décennies, nous pouvons nous réjouir du retour en force de l’image, de la peinture et de la figuration depuis les années 80, sans pour autant voir disparaître les avancés de l’art abstrait, de l’art conceptuel, de la performance, de l’installation ou du multimédias. Aujourd’hui, toutes ces formes de création se côtoient, s’influencent et se mélangent, à travers des productions infiniment variées et décloisonnées. La mimèsis (le rapport d’imitation que l’art entretient avec la réalité, de façon fidèle ou déformée par l’imagination de l’artiste), l’objet d’art ou la narrativité de la figuration (propice à la contemplation) ne provoquent plus de crise au sein de l’art actuel.

Cependant, devant toutes ces options, il peut être déroutant pour monsieur et madame Tout-le-monde de s’y retrouver, surtout qu’aucune éducation artistique digne de ce nom ne leur a été offerte à l’école, sans compter que les médias traditionnels ignorent ostensiblement les créations en arts visuels, en comparaison avec l’étalage d’informations qui circulent au sujet des arts de la scène ou au sujet des sports.

Je tente donc, comme d’autres historiennes et historiens de l’art, d’offrir des clefs accessibles pour « entrer » dans l’oeuvre d’art et la comprendre. Que ce soit dans ce blogue, dans ma page Facebook ou dans Mon musée imaginaire, je m’intéresse plus particulièrement à  l’imagerie figurative et picturale, propre à nous «aider à vivre et à espérer, en nous offrant une vision contemplative enrichie, rehaussée, jubilatoire ou transcendée de la réalité». Dans cette optique, je n’hésite pas à faire se frôler l’Art Imaginaire avec le Pop Surréalisme, ou l’Impressionnisme avec la photographie, ni à faire dialoguer des œuvres actuelles avec celles de maîtres anciens, ni à mélanger illustrations et œuvres d’art.

C’est donc dire que je ne cherche pas à transmettre les notions classiques de l’histoire de l’art, ni à prétendre faire état des toutes dernières tendances du monde des arts visuels. Je cherche plutôt cette capacité de l’artiste (peu importe son époque) à fixer de façon permanente les visions fabulées et lumineuses de son âme, à nous faire voir les perceptions éclairées de son esprit, pour nous permettre de reconsidérer un réel familier dans ce qu’il peut comporter de merveilleux, de transcendant ou de rassurant.

Déjà à la Préhistoire nous tentions cette extraordinaire quête de sens dans une fonction magique d’appropriation, avec les toutes premières peintures (figuratives et abstraites) sur les murs des cavernes. En considérant la prolifération d’œuvres picturales ces dernières années, en parallèle à l’effritement de la société occidentale et à la dégradation accélérée de l’environnement, cette recherche de contemplation et de transcendance à travers l’expression de l’individu est   ̶  sans aucun doute  ̶   toujours aussi nécessaire pour nous aider à vivre.

Auteur : Louise Sanfaçon

J'aime l'art, je fais de l'art, l'art c'est ma vie. / I love art, I make art, art is my life.

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